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— Manifeste

26 mai 2026

Le dessin précède la construction

Une phrase est devenue le titre de notre page d'accueil. Elle n'est pas un slogan. Elle est une méthode. Et un refus.

— Lecture

Il y a une phrase au seuil de notre studio. Elle est courte, elle est ancienne, elle revient comme une basse continue dans tout ce que nous écrivons et dans tout ce que nous dessinons. La voici.

Le dessin précède la construction. La construction obéit au dessin.

Ce n’est pas une formule littéraire. C’est un principe de méthode. Et c’est un refus.

Ce que la phrase dit

Elle dit, premièrement, que le dessin n’est pas une étape parmi d’autres. Il est la condition. Tant que le dessin n’est pas tenu, rien ne se construit. On ne creuse pas une saignée parce qu’on a vu un beau luminaire en magazine. On ne déplace pas un mur parce que l’entrepreneur a un trou dans son planning. On construit ce qui a été pensé, validé, prescrit. Pas autre chose.

Elle dit, deuxièmement, que la construction n’a pas à improviser. Elle exécute. C’est un mot que les entrepreneurs aiment moyennement et que les architectes utilisent avec précaution. Pourtant c’est le bon. La construction est servante du dessin, et c’est ce qui la rend belle quand elle est bien faite.

Cela ne diminue ni l’entrepreneur ni l’artisan. Cela inverse seulement le rapport de pouvoir habituel, où la construction commande et le dessin s’adapte. Chez nous, c’est l’inverse. Et c’est pour cela que nous travaillons avec des entreprises qui acceptent ce rapport. Pas avec les autres.

Le chiasme comme méthode

La phrase a une forme. Elle se replie sur elle-même. Sujet, verbe, complément. Puis complément, verbe, sujet. C’est ce qu’on appelle un chiasme.

Le chiasme n’est pas un ornement. Il est une démonstration. La symétrie du dessin et de la construction est inscrite dans la phrase elle-même. Ce qui précède gouverne. Ce qui suit obéit. La syntaxe dit la méthode avant même que le sens n’arrive.

C’est aussi pour cette raison que la phrase est devenue la première chose qu’on lit en arrivant sur notre site. Pas par esthétique. Par cohérence. Une maison qui prétend mettre le dessin avant la matière doit le faire entendre dès le premier mot.

Ce que la phrase refuse

Elle refuse, en creux, plusieurs pratiques courantes du métier.

Elle refuse le design-build où l’entreprise conçoit ce qu’elle va construire. C’est commode pour le maître d’ouvrage qui veut simplifier sa chaîne. C’est mauvais pour la qualité, parce que celui qui construit n’a aucun intérêt à se compliquer la tâche.

Elle refuse l’improvisation de chantier, où les décisions importantes se prennent au pied du mur, faute d’avoir été tranchées avant. C’est rapide. C’est aussi ce qui produit les vingt-cinq pour cent de surcoûts qu’on retrouve sur les chantiers mal préparés.

Elle refuse, enfin, l’idée qu’un architecte d’intérieur soit un styliste. Le styliste choisit. L’architecte d’intérieur dessine, prescrit, coordonne. Il signe un dossier qui engage. Il ne fait pas trois ambiances pour que le client pioche. Il fait un projet, et il le défend.

Une phrase d’engagement

Si nous tenons cette phrase au seuil de notre travail, c’est parce qu’elle nous engage plus qu’elle n’engage le client. Elle nous oblige à dessiner plus, à dessiner mieux, à dessiner avant. Elle nous interdit de nous rattraper sur le chantier par des décisions hâtives. Elle nous demande, à chaque projet, de remettre l’ouvrage sur la table avant qu’il ne soit posé sur le mur.

C’est inconfortable. C’est juste.

Le dessin précède la construction. C’est ce que nous écrivons. C’est ce que nous faisons. Et c’est ce qui ne change pas.

— Gilles Fostier, BE-DESIGNER

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